Dix ans après avoir façonné l’Œuvre qui orne le parvis du Park-Hôtel, Lisa Deck est l’invitée de la ville d’Hyères pour une exposition autour de la thématique d’Icare en cette fin d’année 2006.
Sur une scénographie de Bernadette Typhagne, bustes, têtes et personnages en pied habitent la rotonde d’une présence troublante, étonnement proches, comme une résonance de nos désirs les plus enfouis.
Impossible de ne pas s’émerveiller devant ce modelé exceptionnel à la fois réaliste et onirique, ces patines riches en nuances qui transcendent la matière, et de cette poésie vibrante qui se dégage au-delà d’une technique remarquable.
Formée à la sculpture par Delamater à la Parsons School of Design, élève de l’atelier de sculpture du Louvres, Lisa Deck a un temps modelé les figures de cire du musée Grévin. Après les thèmes Assymétrie d’une fin de siècle puis Du Fœtal au divin(dont trois des pièces sont présentes dans l’exposition), Lisa a donc abordé le thème d’Icare avec des figures aux regards perçants et aux bouches charnues.
Fruit de trois ans de recherches et de création, cette exposition aborde un thème cher à l’artiste, puisé dans son expérience d’enseignement de la sculpture auprès de personnes handicapées. « Mon travail sur le thème d’Icare est inspiré de mes interventions auprès de personnes handicapées, en milieu hospitalier. J’ai découvert Icare dans chacun des patients que j’ai rencontré et je veux croire qu’il est possible de voler à l’aide d’ailes en cire, artificiellement attachées aux épaules. » Figure symbolique de l’aspiration humaine à s’élever dans les airs tel l’oiseau, en se libérant des contraintes terrestres, Icare transcende sa nature d’homme en recréant le vol de l ’oiseau. Symbole du courage et de la témérité, il fut pour les Grecs la personnification de l’imprudence, l’ivresse de la découverte et de la démesure. Toute la complexité de ce mythe, son ambivalence ( l’image de l’âme humaine tendant à s’élever vers les cieux, l’ivresse de l’apesanteur, l’affranchissement des liens terrestres...puis la chute ) animent les personnages de Lisa Deck qui nous renvoient avec force à notre propre intériorité, notre inconscient collectif. Le matériau employé : la terre, un matériau accessible, avec lequel on produit des pièces uniques ( parfois le bronze ). Grâce à un mélange des terres, un travail riche des patines lui permettant par des transparences, des glacis, de donner de la brillance, Lisa insuffle la vie d’une manière saisissante à la matière inerte. Pour témoin le réactions du public nombreux et enthousiaste : cette artiste touche l’autre au plus profond en l’élevant avec elle. Les enfants malades ou défavorisés avec qui elle partage en les initiant à la sculpture lors d’ateliers qui leurs sont dédiés sont là pour en témoigner eux aussi...